L’annonce de la semaine dernière a fait du bruit dans le monde (feutré) du BPM. Quelles conséquences pour les clients et pour notre industrie ?
Après avoir passé quelques années dans le monde du consulting et du BPM, je dois dire que j’étais étonné par la stabilité des acteurs en place. Bien que mon recul soit modeste, il me paraissait assez surprenant que sur le secteur du BPA pourtant très éclaté, quelques consolidations n’aient eu lieu.
L’opération
Les 2 actionnaires August-Wilhelm Scheer et Alexander Pocsay qui possèdent à eux 2 un peu moins de 48 % du capital, ont donné leur accord pour vendre leurs part à Software AG.
Reste à Software AG à racheter les 52 % restant au prix de 15 € par action, soit un total de 438 millions d’euros en apportant 107 millions de cash, 45 millions par l’intermédiaire des actionnaires et le reste, 335 millions par des financements bancaires.
Le résultat, c’est une entité Allemande de plus de 6.000 employés et un chiffre d’affaires de plus de un milliard d’euros. Un club très fermé.
Les raisons
Complémentarité. Expertise SAP. Voilà les 2 principales raisons « techniques » du rachat. IDS Scheer est bien positionné sur le secteur des outils de BPA et son module phare Business Architect est très apprécié sur le marché. Pour les utilisateurs du monde du BPA, Software AG était un nom très peu connu. Leur offre se concentrant plutôt sur le middleware (SOA, ESB) ils n’étaient pas du tout présent sur le marché du BPA. Leur outil, Webmethods, déjà issu d’un rachat est clairement dans le peloton de tête sur le segment solution SOA.
Avec ce rachat, ils se positionnent très haut sur le podium et se mettent en position pour offrir une solution beaucoup plus large.
La base de clients et le savoir faire SAP est certainement une autre raison. IDS Scheer est très associé à SAP et la relative neutralité de Software AG vis-à-vis des autres éditeurs lui permet de prendre position. Software AG annonce avoir doublé sa base client avec ce rachat, ce qui démontre la complémentarité des offres et des positionnements (7 500 clients) des 2 protagonistes.
Une autre raison certainement liée à ce rachat est la volonté du professeur Scheer de passer le relais après avoir développé son entreprise depuis 1984.
Les conséquences
Après l’annonce du rachat l’action de Software AG a montré une baisse. Apparemment le marché a trouvé le prix un peu élevé. L‘Excédent Brut d’Exploitation (EBE) d’IDS Scheer est très inférieur à celui de Software AG (8,8 % contre 28,6 % en 2008) et le marché n’a pas bien accueilli la nouvelle.
L’histoire est en marche comme dirait l’autre et il est certain que d’autres consolidations vont avoir lieu sur le secteur encore jeune du BPA. La majorité des acteurs du BPA essaie de proposer des solutions logicielles de plus en plus complète (de la modélisation à l’exécution) mais il y a fort à parier que ce sont plus les rachats plutôt que l’évolution des offres qui amèneront sur le marché des solutions complètes. En effet, les difficultés pour couvrir l’ensemble du besoin ne sont pas minces et les clients préfèrent se tourner vers des acteurs ayant une expertise importante dans chacun des segments (modélisation, exécution…). Pour ces raisons, il y a fort à parier qu’un autre rachat d’un éditeur de BPA se réalise d’ici un an. Les sociétés en concurrence pour un rachat sont : BEA, SAP, Oracle pour ne citer qu’eux et de l’autre côté Méga, Casewise, Troux et Metastorm (pour ne citer qu’eux également).
L’une des grandes inconnues peut être la réaction de SAP (Éditeur N°1 en Allemagne). Si IDS Scheer fonctionnait bien c’est dans une proportion non négligeable grâce à SAP. Software AG (Éditeur N°2 en Allemagne), le positionnement nouveau peut poser des problèmes en termes commerciaux. SAP ne verra peut être pas d’un bon œil la concurrence que peut faire Software AG alors qu’IDS Scheer travaille conjointement avec SAP depuis plusieurs années.
Oracle peut aussi revoir son intégration de l’outil d’IDS Scheer, Aris en marque blanche sous le nom d’Oracle BPA et envisager de choisir un autre outil.
Pour les clients, c’est certainement l’occasion de voir apparaitre une véritable plateforme permettant la modélisation de processus et l’exécution et peut-être même de voire se réaliser le fameux round-trip (mise à jour des processus modélisés avec les résultats de l’exécution). Cela dit, ce type de solutions ne verra surement pas le jour avant quelques années, le temps d’absorber le rachat et de mettre en œuvre les synergies entre les différentes plateformes.
L’autre tendance sera certainement de voir de plus en plus le secteur des TPE/PME abandonné par les grands noms. L’apparaition de solutions BPA/BPM Saas va dans ce sens et si l’histoire se répète (comme elle le fait si souvent), nous devrions également voir des consolidations sur ce segment de marché dans quelques années lorsqu’un acteur fort se sera établi. D’ici là, les éditeurs « traditionnels » devraient continuer à développer leurs offres et ignorer ces parts de marché pour les laisser aux nouveaux entrants.
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