J’ai eu le plaisir d’assister à une présentation organisée par le Club des pilotes de processus (ou C2P pour les intimes) récemment, en voici ce que j’ai retenu.
Le sujet, la performance durable, est d’actualité pour son côté « durable » et la performance reste la préoccupation des gens qui s’occupent de processus. Pourquoi définir un processus si ce n’est pour le rendre ou le garder performant ?
Pour autant, beaucoup de choses sont encore floues dans ce domaine comme ont pu en témoigner les excellentes interventions des présentateurs. On ne gère pas encore bien la relation entre management et processus notamment dans la définition des objectifs qui sont assignés aux collaborateurs : souvent rigides et cassant, ne laissant pas de place à l’individualité.
Jean-Christophe Trouabal (qui a établi un record du monde en 4*100m en 1991) et Christophe Lefebure mettent l’accent sur le lien entre rêve et objectif. Bien souvent, les organisations pêchent par leur manque de vision qui influence inévitablement le moral des gens qui interviennent dans l’organisation. Le droit à l’erreur est encore difficile à obtenir et M. Trouabal témoigne du fait que dans une équipe, il est important d’autoriser les autres à faire des erreurs pour finalement que l’on ne nous reproche pas trop fort les nôtres et ainsi créer un climat de confiance.
La préoccupation actuelle de nos dirigeants, c’est la complexité qui se définit par « une situation compliquée qui change ». Le compliqué stable devient maitrisable avec le temps, le compliqué changeant ne peut pas être appréhendé de la même manière.
L’une des clés pour y faire face, c’est de développer son instinct, son intelligence créative, celle de la partie droite du cerveau : remplacer les habitudes par de la curiosité, les certitudes par de la relativité… Le raisonnement logique a donc trop d’importance dans nos organisations, ce mode de pensée très majoritaire dans la réalisation de processus doit être complété par une autre manière de voir les choses.
Lorsqu’on a peur d’avoir peur, c’est qu’il y a une peur de trop !
Ce que l’on constate trop souvent encore dans les organisations, surtout si elles sont importantes, c’est que l’on essaie d’appliquer encore les recettes d’hier alors que le monde a changé et change de plus en plus vite. C’était le propos du détonnant Jérôme Barrand qui a parlé de la difficulté de manager dans le contexte actuel de notre société élitiste technocentrée disciplinaire.
L’organisation pyramidale (fonctionnement élitiste), le goût pour la technologie en la percevant comme une fin en soi et l’importance donnée à la discipline ne sont plus des valeurs qui produisent des résultats dans notre monde.
Il faut accepter la turbulence, il faut aussi s’y préparer en ayant une posture adaptée et ce n’est certainement pas celle que l’on prône actuellement dans la majorité des organisations.
L’avènement de l’information dématérialisée produit un changement profond dans les comportements. Le monde actuel, ce n’est plus quelques intellectuels/penseurs professionnels qui analysent le monde pendant que tous les autres hochent de la tête et retournent travailler, désormais tout le monde souhaite se faire entendre et le nier c’est faire prendre des risques à son organisation et à sa performance : à sa qualité de fonctionnement.
Notre système au sens large est sous perfusion, car il est rongé par l’obsolescence programmée des équipements, la surinnovation et la délocalisation. Le monde des processus amène parfois des réflexions sur des sujets inattendus, mais j’ai vraiment apprécié cette mise en perspective partisane.
Et le lien avec mon processus me direz-vous ? On y vient !
La société ne peut donc plus se contenter d’essayer de faire plus de ce qu’elle faisait avant : ça ne marche plus. La croissance infinie n’est pas possible. Lorsqu’on en arrive à programmer la fin de fin des équipements pour générer du cashflow et que l’on transfère nos compétences à l’étranger on se rend bien compte que le paradigme n’est plus le bon. Ce qu’il nous faut s’approche plus d’une société collaborative anthropocentrée de satisfaction. Au lieu de se comporter comme une baleine dans l’océan, essayons d’être agiles comme un banc de poissons, de travailler avec les gens et pour les gens.
Les processus donnent leur pleine mesure lorsqu’on les applique sur les endroits de productivité de l’organisation : ceux qui sont hautement répétitifs et peu variables (ou à la variabilité non souhaitée), simple non ? Les autres processus ne sont donc pas bons candidats aux travaux de modélisation et d’optimisation, car il faut absolument laisser la place à la flexibilité et à l’inventivité.
La performance agile, c’est avoir une bonne qualité de fonctionnement avec du sens pour les collaborateurs. M. Barrand parle alors d’effisens.
Niveau néologisme, nous avons été servis
- Anticipaction
- Proopération
- Justinnovation
Et le collaborateur dans tout ça ? La recette de la carotte et du bâton est-elle efficace ? Eric Rhodes évoque une notion intéressante trop souvent oubliée : la reconnaissance et sa partie inconditionnelle. S’il est nécessaire de définir un résultat attendu et de proposer une récompense (reconnaissance conditionnelle), il est aussi important de reconnaitre sans condition la contribution de chacun.
De bien grands défis pour nos organisations. Essayons de les accompagner du mieux possibles avec nos méthodes.
Popularity: 4% [?]

